Du Fond du Lac

Ernestine Nestor, dite Nessy, vouivre du Loc'h Ness, vous fait part de ses coups de coeur, de ses humeurs écologiques, de ses instants de folie et des passages de livres qu'elle a aimé.

19 septembre 2006

Ils diront à la montagne « Déplace-toi ! » - De ma folie (SUITE N°17)

"Ils diront à la montagne" : discussion virtuelle entre penseurs réunis ici artificiellement par montages/collages + ou - aléatoires de citations diverses ou courts extraits récoltés au fil de lectures éclectiques.

   

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   Aimer

 

Louise Labé

Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie ;
J’ai chaud extrême en endurant froidure :
La vie m’est et trop molle et trop dure.
J’ai grands ennuis entremêlés de joie.
Tout à coup je ris et je larmoie
Et en plaisir maint grief tourment j’endure.
Mon bien s’en va, et à jamais il dure.
Tout en un coup je sèche et je verdoie.
Ainsi Amour inconstamment me mène.
Et quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.
Puis quand je crois ma joie être certaine
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.

 

Jean D’Ormesson

Longtemps, j’avais cru que les sentiments étaient univoques et tranchés à la façon des corps simples ou des couleurs fondamentales : on aimait, on ne s’aimait plus, on détestait, on regrettait, on espérait, on préférait. J’avais appris qu’ils étaient ambigus et contradictoires et qu’il était possible de regretter ses bourreaux, de craindre ce qu’on espérait, d’aimer encore ceux qu’on aimait plus, de préférer ce qu’on détestait.

 

Vincent Van Gogh

Du moment que nous nous efforçons de vivre sincèrement, tout sera pour le mieux, même si nous devons avoir inévitablement des peines sincères et de véritables désillusions ; nous commettrons probablement aussi de lourdes fautes et accomplirons de mauvaises actions, mais il est vrai qu’il vaut mieux d’avoir l’esprit ardent, même si l’on doit commettre plus de fautes, que d’être mesquin et trop prudent. Il est bon d’aimer autant que l’on peut, car c’est là que gît la vraie force, et celui qui aime beaucoup accomplit de grandes choses et en est capable, et ce qui se fait par amour est bien fait.

 

Georges Perros

L’amour c’est le corps qui s’émeut en même temps que l’intelligence, que la connaissance, et la bat de vitesse, quoique enrichi par elle, si bien qu’elle ignore si elle est vaincue ou séduite.

 

Vincent Van Gogh

Mon Dieu comme cela est beau Shakespeare. Qui est mystérieux comme lui ? Sa parole et sa manière de faire équivaut bien tel pinceau frémissant de fièvre et d’émotion. Mais il faut apprendre à voir et apprendre à vivre.

 

« Si deux sont l’un avec l’autre en paix dans la même maison, ils diront à la montagne « Déplace-toi ! » et elle se déplacera. » Evangile apocryphe de Thomas, 53

   


Louise Labé
Jean D’Ormesson, « Voyez comme on danse »
Vincent Van Gogh, « Lettres à son frère Théo »
Georges Perros, « Papiers collés »

 

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09 août 2006

Ils diront à la montagne « Déplace-toi ! » - De ma folie (SUITE N°16)

"Ils diront à la montagne" : discussion virtuelle entre penseurs réunis ici artificiellement par montages/collages + ou - aléatoires de citations diverses ou courts extraits récoltés au fil de lectures éclectiques.

« Rien ne m'est sûr que la chose incertaine. »
François Villon, 1431-1463



 Etre là

André Gide
Toi qui viendras lorsque je n'entendrai plus les bruits de la terre et que mes lèvres ne boiront plus sa rosée - toi qui, plus tard, peut-être me liras — c’est pour toi que j'écris ces pages; car tu ne t’étonnes peut-être pas assez de vivre; tu n’admires pas comme il faudrait ce miracle étourdissant qu'est la vie.

   
Théodore Monod
Au désert, l’heure du thé est un moment de repos, mais aussi une cérémonie. Il faut trouver du bois, rarissime. Préparer le feu. Le premier thé est amer comme la vie. Pour ma part, je n’ai pas trouvé la vie amère, car j’ai été doté de grands privilèges. La vie a aiguisé ma curiosité, mon goût de la recherche. Mon étonnement est insatiable. Le deuxième thé est fort comme l’amour, le troisième suave comme la mort.

 

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Georges Perros
Le fait même de se montrer sans cesse aux autres avec le masque de celui que l’on voudrait être nous fait perdre l’envie d’être véritablement celui-là et de travailler à le devenir.

   

Antoine de Saint-Exupéry
Où nous emportes-tu ? Ce navire sombrera avec le fruit de nos efforts. Dehors je sens que le temps coule en vain. Je sens le temps qui coule. Il ne doit point couler ainsi, sensible, mais durcir et mûrir et vieillir. Il doit ramasser peu à peu l’ouvrage. Mais que durcit-il, désormais, qui vienne de nous et qui restera ?

Car le chagrin est toujours fait du temps qui coule et n’a point formé son fruit. Il est chagrin de la fuite des jours, du bracelet perdu lequel est du temps qui s’égare, ou de la mort du frère laquelle est du temps qui ne sert plus.

Ceux-là ne savent point attendre et ne comprendront aucun poème, car leur est ennemi le temps qui répare le désir, habille la fleur ou mûrit le fruit. Ils cherchent à tirer leur plaisir des objets, quand il ne se tire que de la route qui se lit au travers. Moi je vais, je vais et je vais. Et quand me voici dans le jardin qui m’est une patrie d’odeurs, je m’assieds sur le banc. Je regarde. Il est des feuilles qui s’envolent et des fleurs qui se fanent. Je sens tout qui meurt et se recompose. Je n’en éprouve point de deuil. Je suis vigilance, comme en haute mer. Non patience, car il ne s’agit point d’un but, le plaisir étant de la marche. Nous allons, mon jardin et moi, des fleurs vers les fruits. Mais à travers les fruits vers les graines. Et à travers les graines vers les fleurs de l’année prochaine. Je ne me trompe point sur les objets.

 

Umberto Eco
L'unique chose à quoi on doit penser, et je m'en rends compte sur la fin de ma vie, c'est à la mort.

   

« Si deux sont l’un avec l’autre en paix dans la même maison, ils diront à la montagne « Déplace-toi ! » et elle se déplacera. » Evangile apocryphe de Thomas, 53

 


André Gide, "Les nourritures terrestres" ou "Paludes" ? (je ne sais plus !)
Théodore Monod, « Le chercheur d’absolu »
Georges Perros, « Papiers collés »
Antoine de Saint-Exupéry, « Citadelle »
Umberto Eco, « Le nom de la rose »

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13 juin 2006

Ils diront à la montagne « Déplace-toi ! » - Du monde qui nous porte (SUITE N°15)

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   Le temps (suite 2)

   

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Marc Aurèle

Réfléchis souvent à la rapidité avec laquelle est emporté et passe tout ce qui existe et tout ce qui naît. La substance des êtres est comme un fleuve qui coule sans cesse ; un changement continu est la loi de toute activité ; tout principe efficient est sujet à mille variations. Presque rien n’est stable, et tout proche est le gouffre béant de l’infini du passé et de l’avenir, où tout s’évanouit. N’est-il donc pas un fou, celui qui au milieu de tout cela, s’enfle ou s’agite, ou se tourmente, en comptant pour quelque chose la cause de son trouble, le moment où il a été conçu et le temps qu’il peut durer ?


Charles Baudelaire

Horloge! Dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : "Souviens-toi!"
Les vibrantes Douleurs dans ton cœur plein d'effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible

 

Chef Seattle

Après tout, nous sommes peut-être frères. Nous verrons bien. Il y a une chose que nous savons, et que l'homme blanc découvrira peut-être un jour - c'est que notre Dieu est le même Dieu. Il se peut que vous pensiez maintenant le posséder comme vous voulez posséder notre terre, mais vous ne pouvez pas. Il est le Dieu de l'homme, et sa pitié est égale pour l'homme rouge et le blanc. Cette terre Lui est précieuse, et nuire à la terre, c'est accabler de mépris son créateur. Les blancs aussi disparaîtront ; peut-être plus tôt que les autres tribus. Contaminez votre lit, et vous suffoquerez une nuit dans vos propres détritus.

 

Lao Zi

Le sage se garde d’amasser
Plus il vit pour les autres et plus il s’enrichit
Plus il dispense aux autres et plus il est comblé
La Voie du Ciel : gratifier sans nuire
La Voie de Sage : œuvrer sans batailler.


Georges Perros

Dès qu’un homme ressent l’éternité, l’instant se décroche du clou.

Aimez-vous les uns les autres et foutez-moi la paix.

   

« Si deux sont l’un avec l’autre en paix dans la même maison, ils diront à la montagne « Déplace-toi ! » et elle se déplacera. » Evangile apocryphe de Thomas, 53



 

Marc Aurèle, Livre V, 23
Charles Baudelaire, « L'horloge », in « Les Fleurs du Mal »
Chef Seattle, 1854, Réponse au gouvernement américain
Lao Zi, “Tao te king”, 81
Georges Perros, « Papiers collés »


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16 mai 2006

Ils diront à la montagne « Déplace-toi ! » - Du monde qui nous porte (SUITE N°14)

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   Le temps (suite)

   

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"Sylvebarbe"
Chêne de Guillotin - Brocéliande

   
   

Antoine de Saint-Exupéry
Car ainsi que de l’arbre, tu ne sais rien de l’homme si tu l’étales dans sa durée et le distribue dans ses différences. L’arbre n’est point semence, puis tige, puis tronc flexible, puis bois mort. Il ne faut point le diviser pour le connaître. L’arbre, c’est cette puissance qui lentement épouse le ciel. Ainsi de toi, mon petit d’homme. Dieu te fait naître, te fait grandir, te remplit successivement de désirs, de joies et de souffrances, de colères et de pardons, puis Il te rentre en Lui. Cependant, tu n’es ni cet écolier, ni cet époux, ni cet enfant, ni ce vieillard. Tu es celui qui s’accomplit. Et si tu sais te découvrir branche balancée, bien accrochée à l’olivier, tu goûteras dans tes mouvements l’éternité. Et tout autour de toi se fera éternel. Éternelle la fontaine qui chante et qui a su abreuver tes pères, éternelle la lumière des yeux quand te sourira la bien-aimée, éternelle la fraîcheur des nuits. Le temps n’est plus un sablier qui use son sable, mais un moissonneur qui noue sa gerbe.

Merleau-Ponty
On dit qu’il y a un temps comme il y a un jet d’eau : l’eau change et le jet demeure parce que la forme se conserve ; la forme se conserve parce que chaque onde successive reprend les fonctions de la précédente : onde poussante par rapport à celle qui poussait, elle devient à son tour onde poussée par rapport à une autre ; et cela même vient enfin de ce que, depuis la source jusqu’au jet, les ondes ne sont pas séparées : il n’y a qu’une seule poussée, une seule lacune dans le flux suffirait à rompre le jet.

Ilya Prigogine
La question de la naissance du temps et celle des origines resteront sans doute toujours posées ; Tant que la relativité générale était considérée comme une théorie close, finale, le temps semblait avoir une origine et l’image d’une création de l’Univers comme processus unique et singulier semblait s’imposer. Mais la relativité générale n’est pas close, pas plus que la mécanique classique ou quantique. En particulier, nous devons unifier relativité et théorie quantique en tenant compte de l’instabilité des systèmes dynamiques. Dès lors, la perspective se transforme. La possibilité que le temps n’ait pas de commencement, que le temps précède l’existence de notre univers devient une alternative raisonnable.

Sacha Guitry
Ah ! Que c'est long, une minute ...
et dire que les années passent si vite !


« Si deux sont l’un avec l’autre en paix dans la même maison, ils diront à la montagne « Déplace-toi ! » et elle se déplacera. » Evangile apocryphe de Thomas, 53




Antoine de Saint-Exupéry, « Citadelle »
Merleau-Ponty
Ilya Prigogine, « La fin des certitudes »
Sacha Guitry

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09 mai 2006

Ils diront à la montagne « Déplace-toi ! » - Du monde qui nous porte (SUITE N°13)

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 Le temps

Théodore Monod
Dans l’Egypte ancienne, l’exercice du Pouvoir était indissociable de la Sagesse. Celle-ci était un réservoir de forces de création, d’art de vivre, d’art tout court. L’homme est à la recherche d’une issue de secours. Il se sent au bout de l’impasse où il s’est lui-même engouffré et placé en esclavage. Il doit s’orienter dans une voie meilleure ou moralement acceptable. Le temps qui lui a été imparti pour s’améliorer est dépassé et les menaces qui pèsent maintenent sur l’espèce humaine sont très lourdes.

 

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Paris boulevard périphérique - 2005

Platon
Mais quelle est la grande chose qui peut trouver place dans un court espace de temps ? Tout ce temps, en effet, qui sépare l’enfance de la vieillesse est bien court par rapport à l’éternité.

 

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Le Laocoon - Rome Musées du Vatican

Théodore Monod
Cet homme empêtré par ses propres créations est en quête d’adaptation. Mais ni le temps ni le cosmos ne font partie des recettes de la résurgence. L’homme épuise l’un et l’autre.

 

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Rome - Le forum romain

Saint Augustin
Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus. Pourtant, je le déclare hardiment, je sais que si rien ne se passait, il n’y aurait pas de temps passé ; que si rien n’arrivait, il n’y aurait pas de temps à venir ; que si rien n’était, il n’y aurait pas de temps présent. Comment donc, ces deux temps, le passé et l’avenir, sont-ils, puisque le passé n’est plus et que l’avenir n’est pas encore ? Quant au présent, s’il était toujours présent, s’il n’allait pas rejoindre le passé, il ne serait pas du temps, il serait l’éternité. Donc, si le présent, pour être du temps, doit rejoindre le passé, comment pouvons-nous déclarer qu’il est aussi, lui qui ne peut être qu’en cessant d’être ? Si bien que ce qui nous autorise à affirmer que le temps est, c’est qu’il tend à n’être plus.

   
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Pointe Saint-Mathieu - Bretagne

Emmanuel Kant
Le temps n’est autre que la forme du sens interne, c’est-à-dire de l’intuition de nous-mêmes et de notre état intérieur.

 

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Chêne des Hindrés - Brocéliande

André Gide
Je ne chercherais plus rien à faire, s'il m'était dit, s'il m'était prouvé, que j'ai tout le temps pour le faire.


«  Si deux sont l’un avec l’autre en paix dans la même maison, ils diront à la montagne « Déplace-toi ! » et elle se déplacera. »
Evangile apocryphe de Thomas, 53



Théodore Monod, « Le chercheur d’absolu »
Platon, « La République »
Saint Augustin, « Les confessions »
Emmanuel Kant
André Gide, « Les Nourritures terrestres »

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11 avril 2006

Ils diront à la montagne - Du monde qui nous porte (SUITE N°12)

   Religion

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Paul Valéry
L’idée de la mort est le ressort des lois, la mère des religions, l’agent secret ou terriblement manifeste de la politique, l’existant essentiel de la gloire et des grandes amours, – L’origine d’une quantité de recherches et de méditations.
Parmi les produits les plus étranges de l’irritation de l’esprit humain par cette idée (ou plutôt par ce besoin d’idées que nous impose la constatation de la mort des autres), figure l’antique croyance que les morts ne sont pas morts, ou ne sont pas tout à fait morts.

L. Rosenfeld
Toute théorie est fondée sur des concepts physiques associés à des idéalisations qui rendent possible la formulation mathématique de ces théories ; c’est pourquoi « aucun concept physique n’est suffisamment défini sans que soient connues les limites de sa validité », limites provenant des idéalisations mêmes qui le fondent.

Jean-Philippe Lauer
Le monde d’aujourd’hui me donne la sensation d’une grande pagaille. Il est évident que le XXe siècle a été un siècle de très grande évolution, bouleversé par le développement vertigineux des sciences mais aussi par la barbarie humaine. Je suis né au milieu des calèches à chevaux et j’ai vu l’homme marcher sur la Lune ! Cette prise du pouvoir par la pensée scientifique a fini par évacuer la religion et la spiritualité. Quelle différence avec la civilisation Egyptienne ancienne où le moindre détail de l’existence puisait sa raison d’être dans le religieux, où chaque détail de l’art reposait sur une volonté d’éternité ! Il y a un abîme entre eux et nous. C’est peut-être la raison pour laquelle l’Egypte fascine tant. La formidable croyance en l’au-delà fut un perpétuel défi au temps et à la mort. Qu’en est-il à présent de notre rêve d’éternité ?

Théodore Monod
A l’instar de Teillhard de Chardin, je pense que « le grand problème est celui de l’Un et du Multiple ». Je déplore la méthode fractionnée de notre époque. Les tâches coupées en tranches, privées de leurs racines. L’homme s’est retiré du cosmique, de la fascination de l’universel, de la totalité. Des valeurs propres aux poètes, aux artistes, aux mystiques.

bernaches
envol de bernaches

Tout se relie, comme l’enseigne le fossile jurassique d’Allemagne, un oiseau pourvu de dents et d’une longue queue. C’est la preuve de la parenté entre les oiseaux et les reptiles. Les mutations, les adaptations, les mixages de l’espèce animale nous permettent de penser que la disparition de l’Homo sapiens sur le globe verra l’apparition d’une race supérieure animale –– laquelle ? Telle est la grande question ! A partir d’un iota, d’une parcelle de matière, commence l’évolution ; mais les passages entre un groupe et un autre restent mystérieux, pleins de points de suspensions qu’il nous faut relier. Tout se tient, de la fleur à l’étoile. L’homme moderne devrait se souvenir que le primate est son cousin. Que la planète n’est pas un bilboquet. Finissons-en avec la leçon de ténèbres et retrouvons le credo de la réconciliation et d’une humilité bénéfique. L’homme n’est pas "le Roi de la Création ".

Carol Shapiro
Il y a aussi une phrase du talmud qui dit "hasard, c'est le nom qu'on donne à Dieu quand il voyage incognito". Les voies du hasard sont donc impénétrables...

« Si deux sont l’un avec l’autre en paix dans la même maison, ils diront à la montagne « Déplace-toi ! » et elle se déplacera. » Evangile apocryphe de Thomas, 53



Paul Valéry
L. Rosenfeld, "Les théories de la causalité", in Ilya Prigogine, « La fin des certitudes »
Jean-Philippe Lauer, « Je suis né en Egypte il y a 4700 ans
Théodore Monod, « Le chercheur d’absolu »
Carol Shapiro

 

 

 

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20 mars 2006

Ils diront à la montagne - Du monde qui nous porte (SUITE N°11)

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Aujourd'hui 20 mars à 18h 26m TU (soit 19h26m heure légale française) c'est l'équinoxe de printemps.
C'est le jour où le Soleil se lève plein Est et se couche plein Ouest. L'équinoxe de printemps dans l'hémisphère Nord correspond à l'équinoxe d'automne dans l'hémisphère Sud.

   Éclipse totale du 29 mars 2006 (site de l'IMCE)

   Religion

 Théodore Monod
L’être humain n’est pas un îlot de chair né simplement pour satisfaire ses petits désirs. Il doit se rappeler qu’il fait partie d’un Tout, cosmique, social, humain ; que rien n’est achevé, ni l’homme ni la Terre. Des continents peuvent disparaîtrent comme émerger. L’être participe des préoccupations planétaires et universelles. La simple chute d’une goutte de pluie sur une feuille opère un changement. La bioéthique signifie que la chair, dans le domaine médical, est maintenent reliée à l’âme. L’homme ne doit pas être un plasma mais une action, un acte qui prend forme chaque jour.

Ilya Prigogine
C’est le flux d’énergie qui provient des réactions nucléaires à l’intérieur du soleil qui maintient notre écosystème loin de l’équilibre et qui a donc permis que la vie se développe sur la Terre. L’écart à l’équilibre conduit à des comportements collectifs, à un régime d’activité cohérent impossible à l’équilibre.

En fait, les anciens grecs nous ont légué deux idéaux qui ont guidé notre histoire : celui d’intelligibilité de la nature ou, comme l’a écrit Whitehead, de « former un système d’idées générales qui soit nécessaire, logique, cohérent, et en fonction duquel tous les éléments de notre expérience puissent être interprétés » ; et celui de démocratie basée sur le présupposé de la liberté humaine, de la créativité et de la responsabilité. Nous sommes certes très loin de l’accomplissement de ces deux idéaux, du moins nous pouvons désormais conclure qu’ils ne sont pas contradictoires.

Chef Seattle
Nous savons au moins ceci : la terre n'appartient pas à l'homme ; l'homme appartient à la terre. Cela, nous le savons. Toutes choses se tiennent comme le sang qui unit une même famille. Toutes choses se tiennent. Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Ce n'est pas l'homme qui a tissé la trame de la vie : il en est seulement un fil. Tout ce qu'il fait à la trame, il le fait à lui-même.

Théodore Monod
Nous sommes quand même le produit d’une nébuleuse primitive dont notre sang porte les éléments, un morceau de l’univers. Tout est d’un seul tenant.

Lao Zi
Du renom et du corps quel est le plus précieux ?
Du corps, de la richesse quel est le plus estimable ?
De la perte et du gain quel est le plus douloureux ?

« Si deux sont l’un avec l’autre en paix dans la même maison, ils diront à la montagne « Déplace-toi ! » et elle se déplacera. » Evangile apocryphe de Thomas, 53



Théodore Monod, « Le chercheur d’absolu »
Ilya Prigogine, « La fin des certitudes »
Chef Seattle, 1854, Réponse au gouvernement américain
Théodore Monod, « Le chercheur d’absolu »
Lao Zi, “Tao te king”, 44

   

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09 mars 2006

Ils diront à la montagne - Du monde qui nous porte (SUITE N°10)

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   Religion

Ernst Robert Curtius
L’homme crée des outils pour transformer la matière. Aussi son intelligence est-elle adaptée au monde des corps solides ; ses plus grands succès, elle les obtient sur le plan mécanique. Mais autant la vie se trouve protégée sous la conduite de l’instinct, autant elle est menacée par l’intelligence . Si rien ne s’oppose à elle, elle peut devenir une menace pour l’existance de l’individu et de la société. Elle ne s’incline que devant les faits, c’est-à-dire les perceptions. Quand la « nature » a voulu parer aux dangers de l’intelligence, elle a dû créer des faits, des perceptions fictifs. Ceux-ci agissent comme des hallucinations, c’est-à-dire qu’ils se représentent à la pensée comme des faits réels et peuvent influencer l’action. Ainsi s’explique qu’avec l’intelligence surgisse la superstition. « Seuls les êtres intelligents sont superstitieux. » La « fonction fabulatrice » a été nécessaire à la vie. Elle se nourrit d’un reste d’instinct qui nimbe l’intelligence d’une sorte d’« aura ». L’instinct ne peut intervenir directement pour protéger la vie. L’intelligence, réagissant seulement aux images de la perception, c’est l’instinct qui crée des perceptions imaginaires . Celles-ci peuvent se manifester d’abord comme la conscience imprécise d’une « présence efficace » (le numen des Romains), puis sous une forme d’« esprits », et seulement très tard de dieux. La mythologie est un produit tardif et le chemin qui mène au polythéisme marque un progrès de la civilisation. L’imagination, créatrice de fictions et de mythes, a tendance à fabriquer des esprits et des dieux.

Théodore Monod
Le désert nous réapprend les gestes naturellement rituels, inscrits, voire érigés par le cosmos. Un homme soumis à la modernité et au béton est démuni dans un tel monde, s’il ne se rénégère pas aux deux niveaux essentiels qui le structurent verticalement et horizontalement : la Terre et le ciel. Le citadin n’est plus le fils de ces deux éléments nourriciers. Cette éternelle division entre Matière et Esprit doit cesser, comme cette idée trop répandue que le scientifique est le premier adepte de cette césure. La Matière est animée par l’Esprit. La montée de la vie et celle de l’esprit sont liées. Certains individus sont porteurs d’espoir. Quelques consciences sont capables de résister à la tradition guerrière. Une poignée de résistants ne se laisse pas domestiquer par la mise en condition générale. Les contestataires, même s’ils sont une goutte d’eau dans la mer, touchent les gens, ouvrent des esprits.

Luc Ferry
Il est clair que toute culture digne de ce nom, toute œuvre d’envergure, est à la fois particulière, enracinée dans un espace et dans un temps déterminés, et universelle, dotée de significations accessibles à d’autres hommes que ceux qui composent la communauté d’origine. C’est par là qu ‘elle devient singulière, qu’elle forme une « individualité », s’il est vrai que le singulier est la réconciliation du particulier et de l’universel.

« Si deux sont l’un avec l’autre en paix dans la même maison, ils diront à la montagne « Déplace-toi ! » et elle se déplacera. » Evangile apocryphe de Thomas, 53



Ernst Robert Curtius, « La littérature européenne et le Moyen Âge latin »
Théodore Monod, « Le chercheur d’absolu »
Luc Ferry, « Le nouvel Ordre écologique »

 

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28 février 2006

Ils diront à la montagne - Du monde qui nous porte (SUITE N°9)


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  La ville    (suite N°1)


James Wines
Le danger, ici, est d’idéaliser par nostalgie un type de société proche de celle des aborigènes, refermée sur elle-même et totalement coupée du monde actuel et de sa haute technicité.

   

Théodore Monod

Les grandes tribus chamelières ne se préoccupent pas des frontières mais des territoires. Ils n’obéissent qu’à une autorité, celle du Désert et de Dieu. L’Afrique est constament en proie à des massacres dus à l’instauration de gouvernements-guérillas. C’est un gâteau que les puissances occidentales se partagent.

Les gouvernements, pour résoudre le soi-disant problème du sous-développement des nomades, veulent leur sédentarisation ; autrement dit, leur mort mentale. La liberté n’est pas aimée. Parqués, ils seront neutralisés, étouffés.

Le nomade ignore les frontières. Sa course est ancestrale. Il suit des traces transversales pour troquer les produits de son élevage, moutons sur pied, viande séchée, fromages, beurre, artisanat du cuir. Le « paiement » se résume en semoule, dattes, sucre, thé, couvertures. Mais maintenent, ils doivent organiser leur voyage en franchissant les frontières des Etats, ce qui signifie des détours clandestins et périlleux. Les points de jonction de ces tribus ont été modifiés. Le peuple du Sahara en général se contente de sa propre culture, de sa propre civilisation. Quand à sa méthode pour se soustraire à l’ennemi, elle consiste à utiliser le terrain, la mobilité, en évitant si possible le combat. Détruire un peuple qui sait vivre en autarcie, qui souhaite l’autodétermination et pouvoir circuler librement sur quelques arpents de sable est un bel exemple de dictature gratuite.


Benjamin Franklin

Ceux qui sont prêts à sacrifier un peu de liberté en échange d'un peu de sécurité ne méritent ni l'une ni l'autre.

   

« Si deux sont l’un avec l’autre en paix dans la même maison, ils diront à la montagne « Déplace-toi ! » et elle se déplacera. » Evangile apocryphe de Thomas, 53



James Wines, « L’architecture verte »
Théodore Monod, « Le chercheur d’absolu »
Benjamin Franklin
   

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17 février 2006

Ils diront à la montagne - Du monde qui nous porte (SUITE N°8)

"Ils diront à la montagne" : discussion virtuelle entre penseurs réunis ici artificiellement par montages/collages + ou - aléatoires de citations diverses ou courts extraits récoltés au fil de lectures éclectiques.

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Parking de supermarché 

 
 

   La ville

Ilya Prigogine
Comparez un cristal et une ville. Le premier est une structure d’équilibre, vous pouvez le conserver dans le vide. La seconde a également une structure bien définie, mais celle-ci dépend de son fonctionnement. Un centre religieux et un centre commercial n’ont ni la même fonction ni la même structure. Ici, la structure résulte du type d’interaction avec l’environnement. Si nous isolions la ville, elle mourrait. Structure et fonction sont inséparables.

Chef Seattle
Il n'y a pas d'endroit paisible dans les villes de l'homme blanc. Pas d'endroit pour entendre les feuilles se dérouler au printemps, ou le froissement des ailes d'un insecte. Mais peut-être est-ce parce que je suis un sauvage et ne comprends pas. Le vacarme semble seulement insulter les oreilles. Et quel intérêt y-a-t-il à vivre si l'homme ne peut entendre le cri solitaire de l'engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d'un étang la nuit ? Je suis un homme rouge et ne comprends pas. L'Indien préfère le son doux du vent s'élançant au-dessus de la face d'un étang, et l'odeur du vent lui-même, lavé par la pluie de midi, ou parfumé par le pin pignon.

Théodore Monod
Jamais l’homme n’a eu tant de moyens à sa disposition, jamais il n’a été dans une aussi parfaite ignorance des fins auxquelles il devait les appliquer. La civilisation vraie se définira par ses fins, qui seront nécessairement la culture des attributs distinctifs de l’humanité, ceux que l’homme st seul à posséder. En vitesse il sera battu par la gazelle, en diligence par la mouche maçonne, en force par l’éléphant, en férocité par la panthère, et les fourmis réaliseront mieux encore que lui l’Etat totalitaire. Ce qui lui appartient en propre c’est la raison qui poursuit la vérité, le sens du juste et de l’injuste qui conditionne la vie morale, l’émotion esthétique, à la recherche de la beauté. Pas de civilisation véritable dans une société qui ne fera pas la place à ces trois éléments. Donc pas de civilisation possible dans une société où l’homme n’est plus libre de penser, d’agir, de créer, sous un régime totalitaire par exemple.

Pierre Rabhi
Préserver les espaces de la sensibilité, réduire les servitudes au matérialisme intégral en aménageant une place aux valeurs de bien-être gratuites, cela me semble si légitime, si étroitement lié à notre présence même sur la planète que je n’y vois pas une innovation, mais une sorte de réflexe vital. Quand on y songe, il semble que le mode de vie moderne émousse effectivement notre quête profonde. La prolifération des divertisseurs et des divertissements tarifés, dont le besoin nous est vivement recommandé, est peut-être proportionnelle à l’ennui intimement mêlé à la trame de nos vies. Les pulsions vitales, originelles, se heurtent aux murs de la banalité programmée. Nous sommes alors atteints de vieillissement précoce. Spectateurs passifs devant nos boutons et nos écrans, avec nos marchands et nos politiciens nous regardons les évènements du monde, machinalement, sans autres miracles que ceux de la technologie, nous voyons défiler le chapelet des jours qui nous conduisent à notre propre terme. Mais tout cela n’est peut-être que « point de vue personnel », comme on dit …

Chef Seattle
Je suis un sauvage et je ne connais pas d'autre façon de vivre. J'ai vu un millier de bisons pourrissant sur la prairie, abandonnés par l'homme blanc qui les avait abattus d'un train qui passait. Je suis un sauvage et ne comprends pas comment le cheval de fer fumant peut être plus important que le bison que nous ne tuons que pour subsister. Qu'est-ce que l'homme sans les bêtes ? Si toutes les bêtes disparaissaient, l'homme mourrait d'une grande solitude de l'esprit. Car ce qui arrive aux bêtes, arrive bientôt à l'homme. Toutes choses se tiennent.

Lao Zi
Qui trop amasse alourdira sa perte
Se contenter de peu c’est parer à la disgrâce
S’arrêter juste à temps, prévenir tout péril.


« Si deux sont l’un avec l’autre en paix dans la même maison, ils diront à la montagne « Déplace-toi ! » et elle se déplacera. » Evangile apocryphe de Thomas, 53





Ilya Prigogine, « La fin des certitudes »
Chef Seattle, 1854, Réponse au gouvernement américain
Théodore Monod, « Le chercheur d’absolu »
Pierre Rabhi, « L’offrande au crépuscule »
Chef Seattle, 1854, Réponse au gouvernement américain
Lao Zi, “Tao te king”, 44


Posté par Nessy à 10:51 - Ils diront à la montagne - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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