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Du Fond du Lac
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21 mars 2006

La vache

   

vaches_01

Vaches dans la brume, Bretagne

Pourquoi n'ont-elles plus de cornes ? 

   

Devant la blanche ferme où parfois vers midi
Un vieillard vient s’asseoir sur le seuil attiédi,
Où cent poules gaîment mêlent leurs crêtes rouges,
Où, gardiens du sommeil, les dogues dans leur bouges
Ecoutent les chansons du gardien du réveil,
Du beau coq vernissé qui reluit au soleil,
Une vache était là tout à l’heure arrêtée.
Superbe, énorme, rousse et de blanc tâchetée,
Douce comme une biche avec ses jeunes faons,
Elle avait sous le ventre un beau groupe d’enfants,
D’enfants aux dents de marbre, aux cheveux en broussaille,
Frais, et plus charbonnés que de vieilles murailles,
Qui, bruyants, tous ensemble, à grands cris appelant
D’autres qui, tout petits, se hâtaient en tremblant,
Dérobant sans pitié quelque laitière absente,
Sous leur bouche joyeuse et peut-être blessante
Et sous leurs doigts pressant le lait par mille trous,
Tiraient le pis fécond de la mère au poil roux.
Elle, bonne et puissante et de son trésor pleine,
Sous leurs mains par moments faisant frémir à peine
Son beau flanc plus ombré qu’un flanc de léopard,
Distraite, regardait vaguement quelque part.

Ainsi, Nature ! abri de toute créature !
O mère universelle ! indulgente Nature !
Ainsi, tout à la fois, mystiques et charnels,
Cherchant l’ombre et le lait sous tes flancs éternels,
Nous sommes là, savants, poêtes, pêle-mêle,
Pendus de toute part à ta forte mamelle !
Et tandis qu’affamés, avec des cris vainqueurs,
A tes sources sans fin désaltérant nos cœurs,
Pour en faire plus tard notre sang et notre âme,
Nous aspirons à flots ta lumière et ta flamme,
Les feuillages, les monts, les prés verts, le ciel bleu,
Toi, sans te déranger, tu rêves à ton Dieu !


Victor Hugo, La vache, 15 mai 1837, Les voix intérieures

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Commentaires
N
sont sciées, tristement contre nature, et la Bretagne entière a beaucoup souffert des remembrements, coups violents de scie dans le paysage boccager qui a fait toute son histoire.<br /> <br /> Aujourd'hui, peut-être, d'avoir tant perdu de son intégrité, elle qui ne supporte pas la souillure, la Bretagne sera-t-elle dans les premières à faire face et à lutter contre les abus de l'agriculture intensive, responsable de la pollution des nappes phréatiques, des rivières et de ses paysages côtiers envahis d'algues nauséabondes.<br /> <br /> Peut-être sera-t-elle la plus volontaire à se retourner vers la nature et l'agriculture biologique ? Il ne tient qu'à chacun d'entre nous de l'encourager par une consommation respectueuse, des achats volontairements dirigés.
Y
La photo et le texte me rappellent mes souvenirs d'enfance, en Bretagne justement, dans la ferme de mes grand-parents... toute une époque !!!<br /> Merci pour cette évocation..<br /> Yo
N
ces bloggueuses avec leurs chats ... Kitty et son poête ... il m'a semblé qu'un petit retour à la nature maternelle s'imposait, celui-ci illustre assez bien le moment, tel que je l'ai ressenti
T
C'est vrai que c'est doux une vache et elles ont de très beaux yeux... Agréable surprise, je ne connaissais pas ce poème (et d'autres) d'Hugo.<br /> Bizzzzzzz
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