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Du Fond du Lac
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22 juin 2006

Aimer quelqu'un, c'est le lire

   
 
2galets1

   
   

Aimer quelqu'un, c'est le lire. C'est savoir lire toutes les phrases qui sont dans le coeur de l'autre, et en lisant le délivrer. C'est déplier son coeur comme un parchemin et le lire à haute voix, comme si chacun était à lui-même un livre écrit dans une langue étrangère. Il y a plus de texte écrit sur un visage que dans un volume de la Pléïade et, quand je regarde un visage, j'essaie de tout lire, même les notes en bas de page. Je pénètre dans les visages comme on s'enfonce dans un brouillard, jusqu'à ce que le paysage s'éclaire dans ses moindres détails. Nos propres actes nous restent indéchiffrables; C'est peut-être pourquoi les enfants aiment tant qu'on leur raconte sans fin tel épisode de leur enfance. Lire ainsi l'autre, c'est favoriser sa respiration, c'est-à-dire le faire exister. Peut-être que les fous sont des gens que personne n'a jamais lus, rendus furieux de contenir des phrases qu'aucun regard n'a jamais parcourues. Ils sont comme des livres fermés. Une mère lit dans les yeux de son enfant avant même qu'il sache s'exprimer. Il suffit d'avoir été regardé par un nouveau-né pour savoir que le petit d'homme sait tout de suite lire. Il est même comme les grands lecteurs : il dévore le visage de l'autre. On lit en quelqu'un comme dans un livre, et ce livre s'éclaire d'être lu et vient nous éclairer en retour, comme ce que fait pour un lecteur une très belle page d'un livre rare. Quand un livre n'est pas lu, c'est comme s'il n'avait jamais existé. Ce qui peut se passer de plus terrible entre deux personnes qui s'aiment, c'est que l'une des deux pense qu'elle a tout lu de l'autre et s'éloigne, d'autant qu'en lisant on écrit au fur et à mesure et dont les phrases peuvent s'enrichir avec le temps. Le coeur n'est achevé et fait que quand il est fracturé par la mort. Jusqu'au dernier moment le contenu du livre peut être changé. On n'a pas la pleine lecture de ce qu'on lit tant que l'autre est vivant. Dieu serait le seul lecteur parfait, celui qui donne à cette lecture tout son sens. Mais la plupart du temps, la lecture de l'autre reste très superficielle et on ne se parle pas vraiment. Peut-être que chacun de nous est comme une maison avec beaucoup de fenêtres. On peut appeler de l'extérieur et une fenêtre ou deux vont s'éclairer mais pas toutes. Et parfois, exceptionnellement, on va frapper partout et ça va s'éclairer partout, mais ça, c'est extrêmement rare. Quand la vérité éclaire partout, c'est l'amour.

Extrait de La lumière du monde de Christian Bobin

 

galetcoeur

 

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Commentaires
N
Coucou Guyli,<br /> Pour moi l'exil n'est pas dur, je ne suis qu'à une heure de route de la mer et à deux heures de mon endroit préféré ! Mais je te comprends, même si la campagne, la montagne ou la forêt sont belles, il manque toujours la présence des vagues aux enfants de la côte !<br /> Ce texte est de Christian Bobin, la question qu'il pose, je ne saurais pas y répondre, la folie est quelque chose de difficile à décripter.
G
Ton texte et tes images sont magnifiques. On a envie de venir y jouer ...dans tes galets! <br /> Quand je vois des galets comme ça sur le sable, Une envie irrésistible me prend... envie de m'assoire sur ce sable et de composer une symphonie de vie, tout en action avec ces éléments... Comme une communion! tu me provoques là avec ces galets et ce sable.:O) J'ai très très hâte d'aller y jouer.<br /> <br /> Merci de ce beau texte! mais je me demande si les fous comme tu te demande, sont fureux de ne jamais avoir été lus? Ils sont peut-être des révélateurs d'un autre temps? d'une histoire pas encore raconté, trop tôt dans le temps pour quelle soit comprise dans cette lanque qu'est la leurs! :O)<br /> bonne journée Nessy merci.
N
Quelquefois je me demande pourquoi écrire soi-même quand tant de gens de talent ont su exprimer tous les sentiments humains de si belle façon. C'est aussi un tel plaisir de partager ce qui nous touche ! Mes "mots bleus" rejoignent tes "paroles universelles", Thanna, et le bleu est celui que j'ai reconnu chez toi !
N
Yo, ta visite me fait plaisir, tes mots me manquent !
Y
No comment ! c'est beau comme un ciel bleu, limpide comme l'eau claire de la rivière, lumineux comme un sourire dans les yeux d'une personne qu'on aime...
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