Voyage aux Pays du coton d'Erik Orsenna
Erik Orsenna, Voyage aux Pays du coton, Petit précis de mondialisation, Fayard, 2006
J'aurais dû le lire à sa sortie. Heureusement Cécile veille à mon érudition et m'a rappelé l'existence ce bouquin :
« Si tu veux voir confirmer et expliquées avec brio tes idées anti ogm, anti Monsanto, anti lobby, pro écolo et vive Erik Orsenna, je te conseille "Voyage aux pays du coton". C'est un trésor de bouquin. »
Cette histoire commence dans la nuit des temps. Un homme qui passe remarque un arbuste dont les branches se terminent par des flocons blancs. On peut imaginer qu'il approche la main. L'espèce humaine vient de faire connaissance avec la douceur du coton. Depuis des années, quelque chose me disait qu'en suivant les chemins du coton, de l'agriculture à l'industrie textile en passant par la biochimie, de Koutiala (Mali) à Datang (Chine) en passant par Lubbock (Texas), Cuiabá (Mato Grosso), Alexandrie, Tachkent et la vallée de la Vologne (France, département des Vosges), je comprendrais mieux ma planète. Les résultats de la longue enquête ont dépassé mes espérances. Pour comprendre les mondialisations, celles d'hier et celle d'aujourd'hui, rien ne vaut l'examen d'un morceau de tissu. Sans doute parce qu'il n'est fait que de fils et de liens, et des voyages de la navette.
E. O.
Je vous livre deux extraits choisis parmi ceux qui m'ont le plus frappées. Cécile était plus impressionnée par le voyage aux Etats-Unis, sans doute parce qu'elle n'y a jamais mis les pieds. Pour moi, la découverte est au Brésil et l'interrogation vient de la Chine :
"Homme de fois anciennes, encore accroché aux bonnes classifications de la Genèse, je croyais qu’animaux et plantes appartenaient à deux règnes différents.
Erreur.
– Connaissez-vous les araignées ?
–
Le visiteur le moins savant de la faune brésilienne a entendu parler de la grosse et très velue Mygale.
– Le Brésil dispose de a population d’araignées la plus diverse au monde.
Je présente à mon hôte mes félicitations les plus sincères pour cette bonne nouvelle.
– Nous avons décidé de les mettre à contribution.
– Pardon ?
– Chacune doit participer au développement national.
Je ne peux qu’exprimer mon plein accord. Mais quelle aide pouvons-nous attendre de ces industrieuses bestioles ?
– Les fils que fabriquent les araignées sont remarquables par leur finesse, leur flexibilité et leur solidité. Toutes qualités que nous souhaitons accroître dans notre coton pour en faire le meilleur du monde. La solution est simple. Parmi toutes nos araignées, choisir les meilleures ouvrières. En prélever le gène et l’introduire dans le plus doué de nos cotonniers."
"Je compte. Dans le hall immense, deux bons hectares de l’usine d’Americana, je ne vois que neuf ouvriers s’affairant d’une machine à l’autre. J’en fais part au directeur, qui prend ma remarque pour une critique.
– Vous avez raison. La main-d’œuvre est encore beaucoup trop importante dans cette usine. Venez visiter l’unité 2, juste à côté, beaucoup, beaucoup plus moderne.
De nouveau je compte. Cinq ouvriers seulement.
Le directeur grimace.
– Je sais, me dit-il. C’est encore un peu trop pour résister aux Chinois. Quel est donc le secret de ces Chinois, l’arme qui les rend si forts ?
Depuis longtemps j’ai réfléchi à cette question. Je vous livre ma réponse : les Chinois ont inventé l’ouvrier idéal. C’est-à-dire l’ouvrier qui coûte encore moins cher que l’absence d’ouvrier."